Chaque jour, j'en croise des centaines, des multitudes, dans les rues et ces transports qui n'ont en commun que la solitude et l'ennui. Nous sommes semblables et pourtant étrangers, îlots de tristesse condamnés à revivre les mêmes cycles vides pour éviter de vivre en commun la même aventure.
Je rêve de les étreindre, de les toucher, de les embrasser, de les caresser, de les connaître, de vivre avec eux, de les aider, de les aimer, de me laisser aimer, de souffrir et pleurer avec eux, de résister et construire avec eux.
Je ne peux que rêver et les regarder un peu, à la dérobée, sans qu'ils me voient.
On se croise, on se toise, on s'ignore, on s'agresse ou parfois on s'échange, on joue des rôles, des jeux truqués. Chacun ses affaires, chacun pour soi, chacun chez soi.
Je rêve de les éteindre, mais ils refusent de se laisser atteindre et opposent prisons, murs, mirages, fantômes et autres avatars.
J'aimerais tant les étreindre, mais certains sont des monstres et d'autres me tueraient sur place.
On se croise, on s'évite, on se frôle, entre deux portes on sourit, à travers une vitre on s'oublie, on lâche quelques mots, c'est tout. Quelques gouttes d'eau sales alors que des océans entiers attendent et se vident par les égouts, se dessèchent à petit feu.
Je rêve de les éteindre tous : jeunes, vieux, filles, garçons, de toutes les couleurs et de toutes les tailles, qu'importe, nous sommes frères, nous pourrions l'être.

